Délégation Académique au Numérique Éducatif de Créteil

Changement de posture et de culture de l’enseignant

05 / 11 / 2014 | DGL

Il importe de bien prendre la mesure du changement considérable que le développement du numérique a commencé d’introduire dans le rapport traditionnel au savoir. Les élèves sont déjà entrés dans l’ère du numérique, tandis qu’au contraire de nombreux enseignants s’y sentent encore très mal à l’aise. Suivant le schéma traditionnel, l’enseignant est supposé être le détenteur du savoir et faire acquérir à l’élève des savoirs et des compétences.

Or, les ressources offertes par le numérique remettent en question la posture traditionnelle de l’enseignant et sa relation avec l’élève sur le plan de la pédagogie. Car non seulement les élèves peuvent avoir accès au savoir sans passer par l’enseignant, mais encore ils s’approprient et maîtrisent les outils avec une facilité et avec une rapidité assez déconcertantes. Pour l’utilisation des instruments numériques, les élèves sont davantage décomplexés que les enseignants et semblent en savoir davantage que les professeurs. La relation pédagogique s’en trouve par conséquent profondément modifiée.

Il convient donc de se demander comment il serait possible d’amener progressivement les enseignants à changer de culture, à passer d’une culture de transmission des savoirs à une culture de construction des savoirs. Là se situe précisément l’axe principal du changement induit par les divers usages du numérique. Ce changement est de plus en plus pointé par les différents corps d’inspection : il consiste dans le passage de la transmission des savoirs à la médiation à la découverte et à l’utilisation des savoirs. Cela nécessiterait alors de passer d’un mode de transmission verticale à un enseignement horizontal davantage centré sur l’activité de l’élève et, par conséquent, plus collaboratif.

Cette problématique de changement de culture et de posture se doit d’être abordée avec vigilance et circonspection dans la formation initiale et continue des enseignants. Car les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) n’occupent plus seulement une position périphérique par rapport aux enseignements ; elles tendent au contraire et de plus en plus à occuper une place centrale.

S’il importe que la technique reste un support au service de la pédagogie, il faut toutefois en tirer toutes les conséquences. Il relève de la mission et de la responsabilité des enseignants de mettre l’école en phase avec l’injonction sociale de former les jeunes à la maîtrise raisonnée et critique de ces nouveaux outils d’information et de communication.

L’un des leviers pour accompagner la conduite du changement ne pourrait-il pas consister, par exemple, à réaménager les espaces de la vie scolaire et à permettre ainsi aux élèves d’accéder au numérique hors de la classe ? Par ailleurs, l’hétérogénéité des publics nécessite la prise en compte de la personnalisation des parcours. Aussi, en intégrant le fait que, désormais, tous les élèves viennent avec leur propre équipement, la question ne se pose-t-elle pas de savoir s’il n’appartient pas aux enseignants de les utiliser de façon pertinente en classe et leur apprendre à s’en servir de façon réfléchie ?

L’enjeu, ici, est de prévenir autant que possible la collision de type tectonique qui menace de se produire entre, d’un côté, les pratiques numériques émergentes et, de l’autre, les modes de vie et de travail traditionnels au sein de l’école. Si l’appropriation par la réflexion et par la pratique des nouvelles technologies d’information et de communication se trouve au cœur de la refondation de l’Ecole de la République, il convient de se demander , en matière d’innovation pédagogique et d’usages du numérique, quelle part doit être prise en charge par l’institution et quelle autre par les enseignants et les élèves. L’innovation, après tout, ne pourrait-elle pas se faire autant à partir des classes qu’à partir de l’institution ? Sans doute serait-ce là une façon de stimuler la forte implication des élèves et des enseignants, par le biais d’expérimentations et d’innovations faites dans les classes… Cet échange dialectique entre l’institution et le terrain pourrait constituer une voie à explorer, si l’on veut relever le défi du numérique dans un double souci d’efficacité et de démocratisation des usages du numérique.

 

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