Délégation Académique au Numérique Éducatif de Créteil

Les apports du numérique dans le suivi des apprentissages en éducation physique et sportive

03 / 07 / 2018 | DGL

Comme les années précédentes, le programme de ce salon était riche et diversifié, comme en témoignent son contenu, son organisation et son déroulement. Durant la matinée, en effet, les participants étaient invités à suivre une conférence ayant pour thème « le scénario pédagogique enrichi par le numérique ». Elle fut donnée conjointement par Patrick Dumont (IA-IPR), Yoann Tomaszower (lycée international de l’Est parisien, Noisy-le-Grand), Sébastien Lacroix (STAPS de Créteil) et Éric Dauphas (lycée René Cassin, Noisiel).

Patrick Dumont, IA-IPR, pilote du GREID EPS de Créteil
De gauche à droite : Carole SEVE (IGEN, groupe EPS), Eric Dauphas et Sébastien Lacroix

En ce début du vingt-et-unième siècle, il paraît désormais difficile pour les enseignants de demeurer à l’écart du développement de l’informatique et du numérique. Les vraies questions se situent donc ailleurs. Par exemple : comment entrer dans le numérique : par les outils ou par les usages ? Comment évaluer les impacts du numérique sur les apprentissages ? Comment construire, faire évoluer et enrichir un scénario pédagogique avec les apports du numérique ? Le GREID EPS de Créteil affirme qu’il est préférable d’entrer dans le numérique par les usages pédagogiques. En fait, il s’agit d’asservir le numérique pour le mettre au service de la pédagogie. Cette définition des priorités dans l’ordre des moyens et des fins est fort utile, car les aspects techniques ne doivent jamais prévaloir sur la dimension humaine de l’enseignement et de l’apprentissage. En bonne méthode, il convient de s’interroger préalablement sur la meilleure façon d’évaluer la place du numérique dans un scénario pédagogique (du côté de l’enseignant) et dans la progression des apprentissages (du côté de l’élève).

Pour une intégration raisonnée du numérique dans la pratique pédagogique

Pour cela, les membres du GREID EPS de Créteil se sont inspirés du modèle SAMR pour identifier 3 paliers de maturité numérique. Le modèle SAMR (Substitution, Augmentation, Modification, Redéfinition), élaboré par Ruben R. Puentedura, est « utilisé pour décrire et situer le niveau d’intégration des technologies dans la pratique de classe » (Eduscol). Au premier palier, le numérique est utilisé en remplacement ou en complément d’autres supports ; au second palier, le numérique offre des possibilités d’interactions plus complexes entre l’apprenant et le support, et il enrichit le scénario pédagogique ; au troisième palier, le scénario pédagogique est conçu grâce au numérique qui devient indispensable à la tâche d’apprentissage.

En outre, le GREID EPS de Créteil préconise aux enseignants de dégager des axes forts dans l’élaboration du scénario pédagogique. Ils sont au nombre de trois : l’ancrage dans les programmes disciplinaires, la position du scénario et l’étayage scientifique. En d’autres termes, il s’agit respectivement de s’appuyer sur les programmes, de définir le niveau de compétence nécessaire pour l’enseignant et de la place du numérique, et de se fonder sur des postulats scientifiques (les théories de l’apprentissage, les sciences de l’éducation, les neurosciences).

Comment mettre en évidence la plus-value du numérique dans les apprentissages ? Sur les vidéos d’accompagnement décrivant l’activité des enseignants et des élèves sur le terrain, il est loisible d’observer que le rôle et l’apport du numérique dans une séquence pédagogique varient selon la place et le moment qu’ils y occupent. Comment les élèves perçoivent-ils leur progression ? Comment définissent-ils leurs propres objectifs personnels et quelle stratégie mettent-ils en place pour les atteindre ? Autant de points que l’enseignant doit prendre soigneusement en considération dans sa pratique pédagogique.

L’un des points les plus étonnants - et des plus significatifs - de l’exposé est l’exemple fourni par Eric Dauphas concernant le suivi d’un élève en situation de surpoids. L’idée de l’enseignant était de proposer à cet élève une activité physique adaptée à son profil médical. En coordination avec les indications du médecin-traitant, l’enseignant a proposé à l’élève, via une montre connectée, de mesurer quotidiennement sa fréquence cardiaque et le nombre de ses pas, à l’école et hors de l’école, en suivant une stratégie personnelle adaptée à ses besoins. L’examen des données sécurisées montre les progrès très nets de l’élève et l’amélioration de sa condition physique.

Ce seul exemple suffirait à établir les apports du numérique dans les apprentissages, à la condition d’être mis au service d’un usage réfléchi, d’objectifs spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes en un temps donné (SMART : en coaching, ces critères déterminent la valeur des objectifs que l’on se fixe).

Mettre en évidence la plus-value du numérique pour l’école

Derechef, se pose la question : comment établir la plus-value du numérique pour l’école ? Les participant(e)s ont été invité(e)s à tester par la pratique les apports du numérique, lors des ateliers qui ont suivi la conférence, ainsi que le Bar Camp ouvert aux enseignants EPS de l’académie de Créteil pour leur montrer des exemples possibles de mise en oeuvre du numérique en classe.

Une méthode simple ne consiste-t-elle à procéder par comparaison ? En effet, que se passe-t-il quand le professeur s’avise de diviser une classe en plusieurs équipes, leur propose de faire la même activité, avec les mêmes objectifs, sachant que certaines équipes sont dotées d’équipements numériques mais les autre pas ? L’expérience menée en acrosport par Mélanie Avisse et Fabrice Bruchon montre des résultats encourageants. Dans un contexte bien précis qui invite à la prudence devant toutes tentatives de généralisation, les élèves utilisant l’application « AcroEPS » ont très significativement progresser plus vite que les autres.

Certes, la prise en mains des appareils et des logiciels fait d’abord perdre du temps. Néanmoins, pour observer, identifier, analyser, corriger, évaluer et juger les performances, le numérique permet d’enrichir le scénario pédagogique et le suivi objectif des apprentissages. Après une première action, les joueurs opèrent un retour réflexif facilité par la captation numérique. Il apparaît donc que les possibilités d’autoscopie, d’autonomie et d’autorégulation offertes par les appareils et les logiciels numériques contribuent à faire progresser les pratiquants, puisque le feed-back permet d’analyser les mouvements, d’affiner le regard et, par conséquent, d’améliorer l’apprentissage et les performances.

Guidage, accompagnement, enquête et numérique

L’après-midi s’est ouvert avec une conférence à quatre voix ; elle fut présentée par Yoann Tomaszower, Sébastien Lacroix, Éric Dauphas et Carole Sève sur le thème : « Guidage, accompagnement, enquête : numérique et modalités de suivi des élèves de l’enseignant d’EPS ». Il n’est bien évidemment pas possible de restituer l’intégralité des propos qui se sont tenus au cours de cette conférence. Le propos général était d’interroger les diverses formes que peuvent revêtir le suivi et l’évaluation des apprentissages en EPS et, bien entendu, la plus-value du numérique pour la pédagogie. Or, fit remarquer Carole Sève (IGEN, EPS), « la plus-value du numérique en pédagogie est réelle, mais elle ne va jamais de soi. Elle suppose la construction de compétences spécifiques, la maîtrise et l’usage raisonné des instruments et des dispositifs numériques ainsi qu’un accompagnement par la recherche ». Comme souvent, la nuance dans le propos donne plus de force à la démonstration. De ce fait, il importe d’entendre les craintes – légitimes ou non - que suscite le numérique à l’École ; pour autant, il ne faut pas se laisser arrêter par elles. Il reste donc à mettre en évidence cette plus-value du numérique ; c’est précisément ce défi que le GREID EPS de Créteil entend relever. En bonne méthode, là encore, il convient d’abord d’établir la plus-value du numérique avec des tests probants (comme ce fut le cas lors des ateliers du matin) et, ensuite, de réfléchir à la meilleure façon de repenser la posture des enseignants et la pratique des élèves.

C’est dans cette logique que les conférenciers ont présenté les diverses formes du suivi des apprentissages. Tout d’abord, il importe de guider l’élève en lui proposant des repères clairs pour l’aider à modifier et à réguler sa conduite motrice en vue d’atteindre des objectifs préalablement définis ; ensuite, de l’accompagner dans la construction d’une démarche autonome et la recherche de solutions adaptées à son profil ; enfin, d’enquêter sur la perception que l’élève a de son travail et, plus précisément, de confronter son ressenti personnel avec la mesure objective. Pour éclairer ces préconisations avec quelques exemples concrets, nous nous appuierons sur les observations recueillies pendant les démonstrations faites par les enseignants et les élèves après la conférence. Très clairement, elles corroborent les conclusions établies précédemment sur la pratique de l’autoscopie et de l’auto-régulation via les instruments numériques. Par exemple, dans un exercice de step, après avoir endossé leurs équipements numériques (des bracelets traqueurs d’activité et des tablettes numériques), les élèves apprennent à mesurer tel pourcentage de leur rythme cardiaque et à confronter ainsi cette mesure objective avec leur ressenti personnel. Ou encore, durant une séquence de handball, une élève apprend à affiner sa stratégie et ses positions durant une phase d’attaque en comparant son ressenti avec les données objectives recueillies par l’enregistrement vidéo. Comme nous l’indiquions dans un article précédent, le numérique permet aux élèves de développer et d’affiner des compétences importantes, notamment le jugement et l’autonomie. La possibilité offerte aux élèves de se filmer favorise un retour réflexif constant sur leurs activités.

Vers une préfiguration de l’école Numérique du 21 ème siècle

Ce 6ème salon Numérique et EPS, comme ceux qui l’ont précédé, atteste d’une démarche collective très affirmée. En effet, l’équipe du GREID EPS de Créteil fait preuve d’un dynamisme impressionnant ainsi que d’une très grande cohésion dans la préparation et l’animation de ces journées. En outre, cette démarche est au service d’une ambition pédagogique qui a vocation à s’essaimer bien au-delà de la seule académie de Créteil. Dans sa brève allocution de clôture, Patrick Dumont, IA-IPR et pilote du GREID EPS de Créteil, a eu cette formule qui résume l’esprit et l’ambition de cette journée : « Ce que les enseignants du GREID d’EPS à Créteil expérimentent aujourd’hui préfigure ce que sera l’école numérique du 21 ème siècle ».

Carole Sève (IGEN EPS) Patrick Dumont (IA-IPR EPS Créteil)

Pour un aperçu plus détaillé de ce salon, nous vous renvoyons vers le site disciplinaire EPS Créteil

 

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